Ni la conférence de Jackson Hole ni les chiffres de l'emploi américain la semaine dernière n'ont suffi à sortir les marchés des changes de leur torpeur de fin d'été. Les traders reprennent le travail et septembre s'annonce chargé en décisions monétaires, avec en point d'orgue la réunion de la Réserve fédérale le 16 septembre. Ces décisions de politique monétaire surviennent dans un marché obligataire sous tension. Les taux souverains atteignent des sommets pas atteint depuis plusieurs décennies, et la patience des investisseurs s'épuise face à une inflation qui reste largement au-dessus des objectifs des banques centrales.
Le bal des banques centrales ouvre cette semaine avec la BCE jeudi. L'issue ne fait guère de doute: une hausse de 25 points de base est attendue. En revanche, les investisseurs écouteront attentivement l'analyse de la présidente Christine Lagarde sur l'éventualité de hausses supplémentaires cette année, ainsi que sur la montée des taux à long terme à l'échelle mondiale. L'autre événement majeur de la semaine sera la publication du rapport sur l'inflation américaine d'août vendredi. Il s'agit du dernier indicateur clé publié avant la réunion de la Fed, dont l'issue reste très incertaine. La décision des gouverneurs américains dépendra en grande partie de cette seule donnée, même si nous continuons d'anticiper un statu quo.
EUR
Les indicateurs d'activité comme les indices PMI continuent de refléter une croissance résiliente. Avec une inflation sous-jacente toujours au-dessus de la cible, la BCE a toutes les raisons de continuer à monter ses taux. La hausse de 25 points de base attendue cette semaine est déjà totalement intégrée par les marchés. Tout l'enjeu sera de voir si la BCE s'oppose aux anticipations du marché, qui anticipe déjà un taux terminal à 3 % en 2027. Pour l'instant, l'euro réagit surtout aux nouvelles américaines : l'impact des annonces de la BCE devrait donc être limité.
USD
Le dernier rapport sur l'emploi américain s'est révélé très solide, porté par de nombreuses créations de postes et un taux d'activité en hausse, repoussant à plus tard le prétendu « choc de l'IA sur l'emploi ». La vigueur du marché du travail fournit de nouveaux arguments aux partisans d'une politique restrictive au sein de la Réserve fédérale. Cependant, la pression politique, de l’administration Trump, pour maintenir des taux bas et les hésitations au sein de l'institution nous amènent à penser que la Fed gardera ses taux inchangés. Seule une très mauvaise surprise sur l'inflation cette semaine changerait la donne. Il s'agit là de notre principal point de divergence avec les attentes actuelles du marché concernant les politiques monétaires mondiales.
GBP
La livre sterling a sous-performé la majorité de ses paires du G10 en fin d'été, même si les mouvements restent faibles. Le mouvement général de vente sur les obligations d'État affecte également les Gilts, alors que les souvenirs de la crise Liz Truss de 2022 demeurent bien vivants. En tant que seule banque centrale à avoir concrètement écarté une hausse des taux en septembre, la posture accommodante de la Banque d'Angleterre n’aide pas la devise britannique. Le seul soutien provient du ton légèrement positif des publications économiques au Royaume-Uni. Les événements clés à suivre cette semaine incluent le rapport sur le PIB de juillet vendredi et l'audition du gouverneur Andrew Bailey devant le comité Select du Trésor mardi.
CHF
L’EUR/CHF s’est envolé au-dessus de 0,94 la semaine dernière, atteignant son niveau le plus haut depuis un peu plus d’un an. Cette hausse s'est produite malgré des chiffres d'inflation et de croissance nettement supérieurs aux attentes. L’inflation globale est ressortie à 0,8 % en août, contre un consensus de 0,5 %, doublant son rythme mensuel sous l’effet de l’énergie et d’un franc plus faible. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis fin 2024. L’inflation sous-jacente a elle aussi progressé de 0,3 % à 0,4 %, dépassant légèrement les attentes. La croissance a affiché une forte expansion, frôlant les 2 % en rythme trimestriel (1,5 % ajusté des événements sportifs), tirée par l’industrie, en particulier les secteurs de la chimie et de la pharmacie. Les droits de douane de 15 % imposés par Trump fin juillet sur les produits pharmaceutiques ont probablement incité le secteur à anticiper ses expéditions, gonflant ainsi ces chiffres.
Ailleurs, de tels résultats auraient déclenché une nette réévaluation des anticipations de hausses de taux. Mais les marchés ne croient pas à une hausse prochaine, un avis que nous partageons. Le redressement des anticipations de taux à l’étranger face à la stabilité suisse pèse sur le franc. Un autre élément, particulièrement visible ces derniers temps, est l'attrait croissant du franc comme monnaie de financement pour les opérations de carry trade, compte tenu des taux plus élevés au Japon et d'un yen plus fort. Pour les jours à venir, l'attention devrait se porter avant tout sur l'actualité internationale, le calendrier économique suisse étant peu chargé cette semaine.
