Les résultats financiers décevants d'Alphabet, d'Amazon et d'Intel ont relancé les doutes sur la rentabilité des investissements massifs dans l'IA. Ces craintes ont fait chuter les valeurs technologiques dans le monde, et les investisseurs se sont réfugiés vers les obligations d'État, notamment américaines. Ce mouvement n'a toutefois eu que peu d'effet sur les grandes devises : le dollar, l'euro et la livre sterling sont restés quasi stables, et le franc suisse, la valeur refuge du moment, n'a progressé que légèrement. Les marchés émergents ont essuyé le plus gros du choc, leurs actions ont chuté et se dirigent vers leur pire mois depuis le début du conflit en Iran. Même si la baisse des taux américains aide souvent ces économies, la fuite des capitaux hors des actions a pris le dessus.
La semaine s'annonce particulièrement volatile, dominée par la politique américaine et la Banque d'Angleterre. Les élections de mi-mandat ont lieu mardi, avec des résultats attendus à partir de mercredi, tandis que la décision de la BoE suivra jeudi. Les marchés suivront aussi les premiers chiffres de l'inflation en zone euro mercredi, une série de statistiques sur l'emploi américain avec en point d'orgue le rapport officiel sur l'emploi vendredi. Enfin, Apple et AMD présenteront leurs résultats trimestriels, offrant un nouvel aperçu du secteur de l'IA.
EUR
L'euro est resté quasi inchangé malgré une semaine riche en événements. La BCE a maintenu ses taux après avoir débattu d'un resserrement, laissant entendre une hausse en décembre, tandis que la présidente Christine Lagarde a annoncé son départ pour le début d'année prochaine. Les écarts de taux d’emprunt de la France, qui avaient frôlé des niveaux de crise, se sont temporairement réduits après la réunion, avant de remonter face à la prudence générale des investisseurs. L'euro est donc resté stable, partagé entre les inquiétudes autour de la France d'un côté, et les ventes d'actifs américains provoquées par les inquiétudes de l'IA de l'autre. Si la panique sur la tech s'apaise, le dossier français pourrait redevenir le principal moteur de l’EURUSD. La publication de l'inflation préliminaire mercredi constituera le prochain test pour la politique de la BCE.
USD
Pour la troisième semaine consécutive, le dollar n'a profité ni des bonnes nouvelles macroéconomiques, ni de l'aversion au risque. La Fed a maintenu ses taux inchangés malgré deux votes en faveur d'un relèvement, alors même que les chiffres du PIB du troisième trimestre et l'inflation de septembre sont ressortis à la hausse. Les marchés intègrent désormais une probabilité de 75 % pour une hausse en décembre, puis d'au maximum une autre en 2027, s'alignant ainsi sur notre scénario d'une unique hausse en fin d’année. Le rapport sur l'emploi de vendredi et les résultats des midterms de mardi représentent les principaux risques cette semaine. Cependant, les marchés parient déjà à 95 % sur une défaite républicaine dans au moins une chambre du Congrès, il faudrait une énorme surprise dans les urnes pour que les résultats électoraux déstabilisent réellement les marchés.
GBP
Le budget britannique s'est révélé sans surprise pour la livre sterling comme pour les obligations d'État, le gouvernement ayant évité toute vague et les annonces étant déjà largement intégrées par le marché. La livre a légèrement progressé face au dollar et à l'euro. La Banque d'Angleterre devrait relever ses taux jeudi, un scénario presque totalement dans les prix compte tenu de la résilience de la croissance et de l’inflation persistante. Plus que la décision elle-même, ce sont le vote détaillé des membres et les perspectives données pour la suite qui guideront la monnaie. Le marché anticipe déjà trois hausses supplémentaires après celle de cette semaine, cependant nous pensons que le comité de politique monétaire devrait tempérer ces attentes.
CHF
Le franc suisse a poursuivi sa hausse face à l'euro, les craintes autour de l'IA ayant pesé sur le sentiment de marché, ce qui a entraîné l'EUR/CHF sur un nouveau plus bas proche de 0,915 en début de semaine. Sur le plan intérieur, les indicateurs de confiance se sont dégradés : l'indice de confiance ZEW est tombé à -15,3 en octobre (son plus bas niveau depuis juin) et le baromètre KOF a reflué à 107,6, après son sommet pluriannuel de 109,1 en septembre. Comme souvent, ces chiffres n'ont eu que peu d'impact sur la devise.
Cette semaine, nous attendons la publication des indices PMI, des ventes au détail, de l'inflation et du chômage. Le président de la BNS, Martin Schlegel, s'exprimera également jeudi lors de la conférence des SNB Watchers à Zurich. Malgré cette actualité chargée, le franc devrait continuer à s'orienter au gré du sentiment général. La correction des valeurs technologiques et les élections américaines s'ajoutent à un contexte déjà marqué par les inquiétudes budgétaires françaises et les risques énergétiques liés à la guerre en Iran. La situation de l'IA et les craintes entourant la France devraient particulièrement soutenir la demande pour le franc à court terme.
