La vague de ventes massive sur les obligations d’État est restée le principal moteur des marchés la semaine dernière. Le rendement du bon du trésor américain à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2002, entraînant le dollar dans sa hausse. Nous assistons clairement à un mouvement de repli vers les valeurs refuges, car le billet vert a progressé malgré un indice PCE modéré et des chiffres de l'emploi décevants, deux éléments qui ont pourtant repoussé les attentes de hausses de taux de la Fed. La meilleure performance de la semaine revient d'ailleurs au franc suisse. Le pétrole a fortement chuté après l'accord du G7 sur une libération d'urgence de stocks de brut et de gazole, mais les rendements ont continué de grimper. C'est le signe que cette chute est désormais alimentée par une prime de risque accrue sur les dettes souveraines dont les fondamentaux se fragilisent.
Face à un agenda économique très léger cette semaine, le marché obligataire est le seul maître du jeu. Publié mercredi, le compte rendu de la réunion de septembre de la Fed révélera le niveau de conviction des décideurs quant à de futures hausses de taux, bien qu'il précède les récents chiffres faibles sur l'emploi et l'inflation PCE. Les minutes de la BCE suivront jeudi. Les investisseurs surveilleront également les rachats d’obligations à long terme du Trésor américain, plusieurs adjudications de titres et une série d'interventions de membres de la Fed dès lundi.
EUR
La monnaie unique a connu une semaine difficile en raison des tensions sur le marché obligataire français, lesquelles se sont propagées aux autres dettes périphériques en fin de semaine. La publication d’une inflation plus forte que prévu en septembre (3,8 % contre 3,6 % attendus) n'a pas aidé l'euro. Pour l’instant, les inquiétudes restent concentrées sur la France, dont l’écart de taux avec le Bund allemand s'est écarté à son plus haut niveau depuis la crise de 2012. En fin de semaine, des signes de stabilisation sont apparus sur les marchés obligataires ainsi que sur l’euro. Toutefois, en l’absence d'actualité économique ou monétaire majeure cette semaine, la politique française et la réaction du marché obligataire resteront déterminantes.
USD
Notre analyse selon laquelle le marché intégrait un cycle de hausses de la Fed trop agressif s’est confirmée la semaine dernière. L’inflation sous-jacente PCE s’est établie à 3,0 % en août (contre 3,3 % attendus), et les créations d’emplois en septembre n’ont atteint que 29 000 (contre environ 85 000 attendus), avec 60 000 révisions à la baisse sur les mois précédents. Tout comme nous avions relativisé la vigueur du rapport précédent, nous ne nous inquiétons pas outre mesure de la faiblesse de ce mois-ci. La moyenne sur trois mois des créations nettes d’emplois reste autour de 50 000. Le billet vert ne s'en est d’ailleurs pas ému. Contrairement aux vagues de ventes pilotées par les États-Unis ces 18 derniers mois où les doutes sur la politique américaine faisaient chuter le dollar, la déroute actuelle est mondiale. Elle concerne de plus en plus la crédibilité budgétaire de pays comme la France et le Royaume-Uni. Le scepticisme des marchés sur les finances publiques semble épargner les États-Unis pour le moment, du moins en termes relatifs.
GBP
La livre sterling a plutôt bien résisté la semaine dernière. Elle est restée quasi stable face au dollar et a atteint un plus haut de deux mois face à l’euro, le débâcle sur le marché obligataire français ayant rendu les actifs britanniques comparativement plus sûrs. Cette résilience n’était toutefois que relative, la baisse des Gilts s’étant accentuée avec un rendement à 30 ans qui a touché 6 % pour la première fois depuis 1998. Peu de statistiques britanniques sont attendues cette semaine, l’attention se tourne donc vers la préparation du Budget du 28 octobre, principal risque pour les Gilts et la Livre. La parité EUR/GBP restera quant à elle entièrement suspendue aux évolutions politiques en France.
